
Chico Xavier, enfant métis issu d’une famille misérable de neuf
enfants à Pedro Leopoldo (Minas Gerais), n’avait quasiment aucune chance de
s’en sortir : trop pauvre pour poursuivre des études, marqué plus tard
par un physique ingrat, une calvitie précoce et une cataracte chronique qui
l’obligeaient à porter perpétuellement lunettes noires et perruque. Pourtant,
il est devenu une icône nationale, une figure presque sanctifiée, objet
d’un véritable culte populaire au Brésil.
Ce
destin improbable tient d’abord à ses dons médiumniques exceptionnels,
qui en ont fait le plus grand apôtre du spiritisme dans son pays. Mais il s’explique tout autant par une existence d’une pureté irréprochable :
honnête, désintéressé, travailleur infatigable et d’une générosité sans
limites. Pour des millions de Brésiliens, il incarne tout simplement la
sainteté vivante.

Orphelin
de mère à 4 ans son père vendait des billets de loterie, sa mère était
blanchisseuse et tous deux analphabètes, le petit Chico commence très tôt à
entendre des voix et à voir des apparitions. Confié pendant deux ans à une
marraine cruelle qui le bat et enferme l’enfant dans une camisole de force,
convaincu qu’il a « le diable au corps », il revient ensuite dans une famille
recomposée. La nuit, il converse avec les « fantômes » et transmet, le matin,
des nouvelles précises de défunts à un entourage médusé. Il se réfugie dans la
prière sur la tombe de sa mère, avec laquelle il entretient déjà ses premiers
dialogues.
À
9 ans, il travaille comme tisserand de nuit tout en allant à l’école primaire
le jour. À 12 ans, il rend une rédaction scolaire parfaite que,
confie-t-il à son institutrice stupéfaite, un « homme de l’autre monde »
lui a dictée. Cinq ans plus tard, il assiste à la guérison spectaculaire de sa
sœur victime d’une obsession et découvre la doctrine spirite d’Allan Kardec,
dont il deviendra, pendant trois quarts de siècle, le propagateur infatigable.
Une
nuit, il expérimente pour la première fois la psychographie : sous la dictée
d’un esprit, il écrit dix-sept pages d’un seul jet, sans rature ni
hésitation. Il comprend alors sa mission : il est médium, pont entre les
deux mondes, porte-voix des esprits sur Terre.
En
1931, il « voit » enfin Emmanuel, son guide spirituel, cet ami invisible
qui le conseillera ou le reprendra jusqu’à la fin de ses jours. L’année
suivante, en 1932, paraît son premier livre, « Le Parnasse
d’outre-tombe », recueil de 59 poèmes d’une remarquable qualité signés par
quatorze grands écrivains brésiliens et portugais déjà morts. Le choc est
immense, l’intérêt immédiat : la légende de Chico Xavier vient de commencer.
Emmanuel : Un guide spirituel
tout au long de sa vie
L’un des aspects les plus fascinants de la vie de Chico Xavier est
la relation qu'il entretint avec Emmanuel, un esprit qu'il décrit comme son guide spirituel et protecteur. Emmanuel
a eu plusieurs incarnations dont une était Publius Lentulus Cornélius, un
ancien sénateur romain du temps de Jésus. Il se présenta à Chico dans ses
jeunes années et le guida spirituellement tout au long de sa vie. Emmanuel
était présent dans tous les moments difficiles de la vie de Chico, notamment
lorsqu’il faisait face à des attaques ou des épreuves personnelles. Ce lien
entre un médium et son guide spirituel a marqué toute la vie de Chico, et
Emmanuel est souvent cité comme l’un des principaux inspirateurs des
nombreux ouvrages écrits par Chico Xavier.
Publié il y a plusieurs décennies mais toujours aussi percutant, Il y a 2000 ans…, dicté par l’esprit
Emmanuel, s’impose comme l’un des témoignages spirituels les plus fascinants de
la littérature brésilienne. Avec une écriture fluide et une précision
remarquable Emmanuel dicte à Chico les mémoires du sénateur romain Publius
Lentulus, une des précédentes incarnations d’Emmanuel du temps du christianisme
naissant. Un récit palpitant, empreint d’humanité qui explore le sens du
devoir, de la transformation intérieure et du pardon.
L'émission Pinga Fogo : Un défi
télévisuel
L'un des moments les plus marquants de la vie publique de Chico
Xavier eut lieu lors de sa participation à l’émission de télévision brésilienne
« Pinga Fogo » dans les années 1970.(visible ici : https://www.youtube.com/watch?v=6anM2o_-Li0&t=17s)
Ce programme, qui avait pour but de tester la crédibilité du médium, rassemblait des
journalistes, des intellectuels et même des représentants de l'Église
catholique, qui cherchaient à démontrer que les prétentions spirituelles de
Chico étaient fausses.
Mais
Chico Xavier brilla par sa gentillesse et sa sagesse dans ce contexte tendu.
Lors de l'émission, un pasteur
évangélique tenta de le provoquer, cherchant à le discréditer par des
questions piégées. Chico répondit calmement et avec une telle aisance que les
journalistes, qui s’attendaient à des réponses confuses, furent stupéfaits. Il
n’y eut pas de confrontation violente, mais plutôt un échange marqué par la sérénité
et la sagesse. Ce moment renforça son statut de médium sérieux et respecté.
Chico ne chercha jamais à se défendre ou à revendiquer sa vérité ; il se
contentait de transmettre le message qu’il recevait, en toute humilité.
Un homme de cœur : Sa
générosité et sa simplicité
La modestie et la générosité de Chico Xavier sont effectivement
l’un des aspects les plus touchants et les plus admirés de sa vie, et ce qui le
rend si crédible aux yeux de millions de personnes, même de celles qui ne
partagent pas forcément la croyance spirite. Quelques
points concrets qui illustrent cela :
-
Sur les plus de 490 livres psychographiés qu’il a publiés (dont certains ont été
vendu des centaines de milliers d’exemplaires), Chico Xavier n’a jamais touché
un centime de droits d’auteur. Dès le premier livre (« Parnasse de l’Au-delà »,
1932), il a signé des actes notariés cédant intégralement ses droits à la
Fédération Spirite Brésilienne (FEB) ou à d’autres institutions caritatives. On
évalue a plus de 45 millions le nombre
d’exemplaires vendus de l’œuvre de Chico Xavier.
-
Il a vécu toute sa vie adulte dans la même petite maison très simple de la rue
Dom Pedro II à Uberaba, sans confort particulier. Quand la ville a voulu lui
offrir une maison plus grande et plus confortable dans les années 1980, il a
refusé poliment.
-
Lors des sessions publiques de
psychographie à Uberaba (parfois plus de 500 personnes présentes), il ne
faisait payer ni entrée ni consultation privée. Les gens pouvaient lui apporter
des fleurs ou des fruits, mais il refusait systématiquement l’argent et les
cadeaux coûteux.
-
Les dons qu’il recevait (et ils étaient nombreux) étaient immédiatement
redistribués : nourriture, vêtements, médicaments, aides aux familles
pauvres, construction de crèches, de maisons de retraite spirites, etc.
L’association « Lar da Vinha » et la « Casa da Sopinha » (soupe populaire)
qu’il soutenait à Uberaba ont nourri des milliers de personnes pendant des
décennies grâce à cela.
-
Même quand il était déjà âgé et malade, il continuait à recevoir les gens
gratuitement jusqu’à ses dernières années (il est décédé en 2002 à 92 ans).
Cette
absence totale d’intérêt matériel, dans un pays où beaucoup de médiums
ou leaders religieux se sont enrichis, est probablement la raison principale
pour laquelle Chico Xavier conserve une image d’intégrité quasi unanime au
Brésil, y compris chez des sceptiques ou des personnes d’autres religions. Pour
beaucoup, sa vie elle-même est considérée comme la plus grande « preuve » de la
sincérité de son œuvre.
Sa
gentillesse allait jusqu’à l'extrême, même envers ceux qui tentaient de
l'exploiter. Plusieurs fois, des individus jaloux ou malveillants tentèrent de
le voler ou de le cambrioler, mais Chico Xavier leur répondait toujours avec
calme et compassion, en leur offrant même parfois son aide. À une époque, un
homme se présenta chez lui avec l'intention de voler ses affaires. Chico le
reçut sans craintes et engagea une conversation apaisante avec lui, au point de
convaincre l'individu de changer d'avis. Il savait que l’amour et la
bienveillance étaient des instruments de transformation plus puissants que la
colère ou la violence.
Des ouvrages fondateurs et
l'incontournable « Nosso Lar »
Film complet ici : https://www.youtube.com/watch?v=EDrF5KGwsmg
Dans Nosso Lar (1944), premier livre
de la série « Vie dans le monde spirituel » psychographié par Chico Xavier et
dicté par l’esprit André Luiz, le lecteur suit le parcours post-mortem d’un
médecin brésilien du début du XXe siècle, André
Luiz lui-même, qui se réveille après sa mort physique se retrouve dans
l’Umbral, une vaste région sombre, froide, brumeuse et boueuse de l’au-delà, véritable purgatoire où errent des
esprits encore attachés aux vices, à l’égoïsme et aux passions terrestres. Là,
au milieu d’êtres agressifs, vulgaires et désespérés, il endure des années de
souffrances physiques et morales intenses jusqu’à ce qu’un sincère appel à
l’aide, accompagné d’un début de repentir, attire le secours d’esprits
bienveillants. Recueilli et soigné, il est conduit à la colonie

spirituelle Nosso Lar (« Notre Foyer »), une cité lumineuse et organisée
suspendue au-dessus de l’Umbral. À travers son long processus de rééducation,
André Luiz découvre que la progression spirituelle dépend exclusivement du
service désintéressé aux autres : en échange des soins reçus, il doit
travailler (d’abord comme aide-soignant, puis dans différents postes),
apprendre à aimer, à pardonner et à se dépouiller de l’orgueil et du
matérialisme. Plus il se consacre au bien d’autrui, plus il s’élève vers les
sphères supérieures, illustrant la loi karmique selon laquelle « on ne monte
qu’en aidant les autres à monter ». Ce récit, l’un des plus lus du spiritisme, a profondément marqué des
générations de lecteurs en présentant une
vision concrète, presque « documentaire », de la vie après la mort et du
point de vue spirite.
D'autres
ouvrages, tels que « O Livro dos Espíritos » (Le Livre des Esprits),
qui reprend les enseignements d'Allan Kardec, et « A Vida Continua »
(La Vie Continue), sont également incontournables pour ceux qui s'intéressent à
la philosophie spirite.
L’œuvre
de Chico Xavier dépasse largement les frontières de la simple spiritualité pour
inclure des travaux d'une étonnante
profondeur scientifique. Parmi ses écrits, on trouve notamment des ouvrages
traitant de concepts de physique et de phénomènes scientifiques complexes, tels
que "A Física da Alma" ("La Physique de l'Âme"), un livre
où il explore des théories liées à la matière et à l'énergie, des sujets que
l'on pourrait difficilement associer à un homme de culture limitée. Comment un
médium avec une scolarité primaire
pouvait-il, sans formation formelle, aborder des sujets aussi pointus, si ce
n’est par l’intermédiaire de connaissances transmises par les esprits ? Cette
question devient encore plus frappante lorsqu’on sait que les poèmes, dictés
par des esprits de grands auteurs portugais et brésiliens décédés, ont été authentifiés par des critiques littéraires
et des spécialistes comme étant d'une qualité littéraire exceptionnelle, bien
au-delà de ce qu'un homme de son éducation pouvait espérer produire. Le volume
et la diversité de ses ouvrages ne laissent aucun doute : l’étendue de son
travail constitue une preuve tangible de son lien surnaturel avec l'au-delà.
La réincarnation et l'influence
d'Allan Kardec
L'influence d'Allan Kardec
(insérer un lien vers l’article) sur Chico Xavier était profonde. Il
admirait le travail du fondateur du spiritisme et croyait fermement en la
réincarnation comme un principe fondamental de l’évolution spirituelle. Selon
Chico, la réincarnation permet à l'âme d'évoluer, de se purifier et de se
rapprocher progressivement de Dieu. Cette vision de la vie et de l'après-vie
imprégnait tous ses écrits et ses discours.
L’espoir du prix Nobel

En
1981, un vaste élan populaire au Brésil soutint la candidature de Chico Xavier
au prix Nobel de la paix : des comités de parrainage se formèrent dans tous les
États, des centaines de municipalités et des assemblées législatives
apportèrent leur appui, y compris des parlementaires influents comme Tancredo
Neves. Plus de 10 millions de Brésiliens signèrent une pétition en
faveur de cette nomination. Par ailleurs, le député José Freitas Nobre
envoya au comité Nobel de Stockholm un dossier de plus de 100 kg de
documents démontrant l’engagement social de Xavier (projets humanitaires,
œuvres de charité, etc.). Finalement, le Prix Nobel de la paix 1981 ne
fut pas attribué à Chico Xavier, mais à l’Office du Haut-Commissariat des
Nations unies pour les réfugiés (UNHCR), « pour la promotion des droits
fondamentaux des réfugiés ». Lorsqu’il apprit qu’il n’avait pas été choisi,
Chico Xavier lui-même fit peu de vagues : il ne revendiqua pas publiquement le
prix, et il est surtout resté une figure emblématique du Brésil pour sa
modestie et son dévouement, sans provoquer de polémique médiatique d’envergure.
Les sources ne rapportent pas de réaction de colère ou de rancœur de sa part,
ce refus n’a pas entamé sa popularité.
Cet
épisode témoigne surtout d’un formidable mouvement citoyen : les millions de
signatures, la mobilisation institutionnelle au Brésil, la compilation d’un
volumineux dossier de soutien, autant d’éléments qui montrent l’importance
accordée à sa mission par ses compatriotes, même si cela ne s’est pas traduit
par le Nobel.
Conclusion : Chico Xavier, un
médium devenu guide
Chico
Xavier est décédé en 2002, après avoir vécu une vie dédiée à la charité et à la
transmission des messages spirituels. Mais certains croient que son œuvre ne
s’est pas arrêtée avec sa mort. Selon les partisans de la doctrine spirite, il
est possible que Chico Xavier soit devenu, à son tour, le guide spirituel de son propre guide Emmanuel qui a quitté le
monde des esprits pour se réincarner une nouvelle fois sur terre.
Selon les révélations communiquées par le médium Chico Xavier au
fil des années, notamment lors d'entretiens et de sessions spirites, son guide
spirituel Emmanuel, l'esprit élevé qui l'a accompagné tout au long de sa
mission en dictant de nombreux ouvrages fondateurs du spiritisme chrétien, se
serait réincarné vers la fin du XXe siècle, autour de l'an 2000, dans une ville non précisée de l'intérieur de
l'État de São Paulo au Brésil. Chico Xavier, qui affirmait avoir assisté en
esprit à cet événement en entrant en transe en 2000, décrivait ce bébé comme
destiné à grandir pour incarner une figure majeure dans le domaine de la
pédagogie, en tant que professeur ou éducateur dédié à l'enseignement spirituel
et chrétien. Cette idée de continuité dans l’évolution spirituelle, même après
la mort, fait écho à la vision de la réincarnation qui a traversé toute la vie de
Chico. De médium et disciple, il pourrait être devenu à son tour un guide,
poursuivant son rôle de transmetteur de lumière et de sagesse, à travers les
âmes qu’il a accompagnées tout au long de son existence.
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